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Le Misanthrope
Molière

Distribution

Le Misanthrope

De Molière

Mise en scène René Loyon

Avec

Pierre Ascaride : Clitandre

Corinne Bastat : Célimène

Cristine Combe : Eliante

Francis Coz : Oronte

Evelyne Guimmara : Arsinoé

Claude-Bernard Pérot : Alceste

Dominique Verrier : Philinte

Thierry Vu Huu : Acaste

Lumières : Laurent Castaingt

Distribution en cours…

Production : Compagnie RL

Note d'intention

Le Misanthrope, c'est l'histoire d'un homme seul en désaccord violent avec une société qu'il juge pervertie. Mais, pour son malheur, le salon de Célimène, la jeune et riche veuve, dont Alceste, notre grand incompris, est amoureux, est de toute évidence un poste avancé de ce monde haïssable, cette société de cour où règne, verticale et subjuguante, la figure tutélaire du Roi-Soleil, l'encore jeune Louis XIV qui, peu à peu, étend son pouvoir sur l'ensemble des rouages de la société française.

Fréquenter le salon de la veuve joyeuse, briller dans l’art de la conversation, faire valoir son esprit, sa désinvolture (élégance, légèreté, dandysme…), rivaliser de galanterie, auprès de la maîtresse des lieux, est donc bien plus qu’un allègre concours de ronds de jambe pour les jeunes aristocrates oisifs qui s’empressent autour de la très spirituelle jeune femme. C’est se livrer au jeu même de la courtisanerie qui consiste, par l’art d’être là où il faut quand il faut, à approcher au plus près l’une des sphères d’influence d’un pouvoir, dont on peut attendre places, honneurs et jouissances diverses. Bref, sa part du gâteau.

Ce jeu-là, tout entier tourné vers le paraître, cette société branchée-là, avec ses codes tacites, ses hiérarchies secrètes, ses ostracismes, Alceste les déteste de toutes ses forces. Il exècre en particulier ce qui lui semble relever du double langage : sous l’exquise urbanité des comportements, il décèle la cruauté, la rivalité haineuse qui oppose les membres de ce petit monde qui se veut au-dessus du panier.

Alors il proclame hautement son aversion pour tous ces usages sociaux mensongers qui sont autant d’empêchements à la « sincérité », à la « vérité », à la transparence qui doit fonder, selon lui, les relations humaines.

Mais, et c’est là que le bât blesse, cette aspiration à la loi de la nature, il l’affiche avec tant d’intransigeance, d’excès de rage même, qu’elle en devient suspecte. Ces trop véhémentes dénégations ne camouflent-elles pas, au fond, une souffrance, une frustration secrète ? Et qu’est-ce que signifie ce « je veux qu’on me distingue » qu’il balance à son ami Philinte qui tente en vain de le raisonner ? Finalement, la vie sociale, au-delà même du salon de Célimène, trop facile bouc émissaire, ne lui est-elle pas insupportable par les blessures continues qu’elle inflige à un ego dominateur en mal de reconnaissance ?

Alceste, entre les pulsions d’un moi impérieux qui lui fait rejeter les autres et la nécessité, malgré tout, de fréquenter ces mêmes autres qui donnent sens à sa vie, est condamné à vivre dans un perpétuel et douloureux entre-deux. Rester est impossible. Partir, malgré la tentation et les rodomontades, ne l’est pas moins. Ce serait affronter le désert, la solitude. Avec l’effroi de se retrouver face à soi-même.

Rester, partir. En être ou ne pas en être. Telle est la question. Et tel est l'espace où se déploie, entre tragédie et bouffonnerie, le ton si particulier de cette étrange comédie qui ne cesse de nous interpeller - avec la figure très contemporaine de cet Alceste maniaco-dépressif - quant à notre difficulté à dissiper, comme dirait Célimène, "ce grand aveuglement où chacun est pour soi".

Ce travail d'éclaircissement sur nos raisons d'être et d'agir, c'est celui in fine auquel nous convie Molière dans tous ses grands textes. Et c'est celui que, loin des caricatures trop faciles des petits marquis et autres coquettes, nous voudrions mettre en oeuvre pour mieux comprendre en quoi ces personnages de comédie, si éloignés de nous dans le temps, nous sont encore si terriblement proches dans leur troublante humanité. Reste à les regarder sans ricaner, mais avec cette compassion que Tchékhov, si attentif à l'étrangeté de nos conduites humaines, recommandait à ses interprètes...

Alors pour tâcher de mieux les comprendre et leur pardonner leurs éventuels errements (qui peuvent être bien sûr les nôtres...) plaçons-les en observation. Loin du faste trompeur du salon de Célimène, imaginons un espace confiné, volontairement étriqué et sommairement meublé (beckettien, pourrait-on dire...) : et concentrons-nous sur le comportement de ces personnages mondains pour mieux comprendre la pathétique demande de reconnaissance que chacun semble adresser aux autres. Nul doute que dans cet exercice nous ayons quelque chance de retrouver ce mélange du rire et de la mélancolie qui est le propre de notre grand. Jean-Baptiste Poquelin.

René Loyon

Dates

Le 100ecs

09 Janvier 2023 au 06 Février 2023

Vers le site du théâtre

Les lundis à 20h

CONTACT
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